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Pourquoi le BTP doit faire le pari du numérique (Les Echos)

10 avril 2015

[Revue de presse]

Il faut saluer les décisions de la ministre Sylvia Pinel d'investir 20 millions d'euros et de missionner l'ancien président du CSTB (Centre scientifique des techniques du bâtiment), Bertrand Delcambre, pour mener le « plan de transition numérique du bâtiment », et aider ainsi l'une des filières les moins « connectées » à prendre un virage qu'ont déjà pris beaucoup de secteurs.

Bien sûr, le numérique a déjà pénétré l'univers du logement et de l'immobilier : la domotique, la régulation automatique des consommations d'énergie se répandent. Mais cela reste limité et, surtout, le secteur n'a débuté que depuis peu la numérisation de son process industriel. Il va falloir, pour le réaliser, des solutions numériques interopérables sur toute la vie de l'ouvrage.

La modélisation des informations du bâtiment (ou BIM, « Building Information Modeling ») est un instrument évident de modernisation, d'amélioration de la qualité et de réduction des coûts. Mais pour que le BIM produise ses pleins effets, les acteurs du secteur doivent faire vivre cette maquette numérique jusque sur le terrain. Si de plus en plus d'architectes et de bureaux d'études s'équipent de logiciels puissants, labellisés « BIM », les opérationnels continuent souvent de travailler en s'appuyant sur des données « figées », des plans papier ou des fichiers Excel. L'enjeu est là : parvenir à numériser les pratiques « papier » sur un chantier et à partager toute l'information ainsi collectée sur le terrain au travers d'une maquette numérique vivante jusqu'à la livraison de l'ouvrage.

Quelques moments aux côtés d'un conducteur de travaux suffisent à situer l'enjeu : le nombre d'intervenants, la technicité accrue des ouvrages, des produits et matériaux, le foisonnement des normes et des procédures, compliquent tout. La circulation en temps utile des milliers d'informations pertinentes et sûres est indispensable à l'optimisation du processus de construction.

« La réduction des coûts générée par les outils numériques pourrait impacter le prix du bien. »

Le BTP doit pour cela suivre l'exemple d'industries aux contraintes au moins aussi fortes et qui ont déjà basculé, comme l'aéronautique, le naval ou l'automobile, où donneurs d'ordre, fournisseurs et sous-traitants travaillent sur des maquettes numériques 3D et des environnements numériques collaboratifs sur l'ensemble de la chaîne, depuis la conception jusqu'à la réalisation. Mais il faut aller au-delà pour répondre aux besoins de la construction, qui n'est pas une industrie de répétition : chaque ouvrage est original, ses objets et constituants spécifiques ; il est sa propre usine d'assemblage et un chantier d'envergure a un nombre d'acteurs et de sous-traitants plus élevé que l'A380.

Les solutions numériques existent. Elles permettent à tous les intervenants d'alimenter une véritable « carte Vitale » de l'ouvrage en historisant toutes les données collectées au long de la vie de l'ouvrage et en capitalisant les expériences au service d'autres projets de même nature. Il existe aussi des outils prédictifs, fiabilisant les hypothèses de coûts et de planning : avec plus de 10 millions d'observations recensées sur le terrain, nous pouvons ainsi prédire 70 % des défauts récurrents d'un chantier. Sur ces sujets, la French Tech est, comme sur nombre d'autres, en pointe et porte son savoir-faire partout dans le monde.

Dans un contexte lourd de crise immobilière, la réduction des coûts de construction générée par les outils numériques pourrait au final impacter le prix du bien et donc bénéficier aux acquéreurs. Pour accélérer et réussir cette transition, quelques mesures simples nous paraissent utiles :

  • ajouter progressivement l'usage de solutions numériques intégrant la phase de construction comme condition d'obtention des marchés publics ;
  • rendre rapidement obligatoire la formation à ces outils avancés du BIM dans la formation professionnelle (notamment continue) des opérationnels du chantier ;
  • placer le numérique comme instrument clef pour les obligations de traçabilité ;
  • renforcer la visibilité des acteurs de la French Tech du bâtiment numérique sur la scène internationale.

Jimmy Louchart est président et co-fondateur de FINALCAD.

Les Echos

Article original.

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